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La fièvre des duty-free doit beaucoup au tourisme de
croisière, dont Miami détient le record mondial. Avec
3,2 millions de passagers embarquant chaque année sur un
paquebot de rêve, le Miami Seaport revendique 40% du
marché sur la planète bleue. Une aubaine inespérée pour
la construction navale. «L'industrie des croisières
progresse d'environ 8% par an depuis quinze ans, se
réjouit Jacques Renaud. Cette activité génère près de 5
milliards de dollars par an pour le comté de Miami.»
Coup sur coup, la filiale de GEC Alsthom a reçu fin
janvier six commandes fermes et deux options pour la
construction de bateaux dont la valeur est estimée entre
300 et 350 millions de dollars chacun. «De quoi assurer
des millions d'heures de travail jusqu'en 2001 pour les
4300 ouvriers des chantiers de Saint Nazaire et pour les
dizaines de milliers d'employés de nos 1100
sous-traitants», estime Jacques Renaud, dont la mission
à Miami est surtout d'assurer le service après-vente
auprès des armateurs.
L'explosion démographique est une aubaine
Si l'argent coule à flot dans les coffres de Miami c'est
que les latino-américains s'y sentent chez eux. D'abord
parce que Miami est une ville d'Amérique latine. «Ce
n'est pas un snobisme, c'est la réalité, au bureau on ne
parle qu'espagnol», avoue Clément Jourdain. Plus de 50%
des 2,2 millions d'habitants du comté de Miami sont
d'origine hispanique, dont près de 600 000 Cubains. Du
coup, les latino-américains ont tous des attaches ici,
qui des parents, qui un pied-à-terre, un fils étudiant
ou un compte en banque. «Dans certains pays il peut être
dangereux d'afficher sa richesse, alors ils viennent ici
montrer leur Rolex ou leur Porsche», résume un banquier.
Du coup les Mercedes, Jaguar et BMW sont trop courantes
pour se faire remarquer sur Ocean Drive, la promenade
des Anglais de South Beach. Rolls et Ferarri sont à
peine plus rares.
Surtout, la fièvre spéculative s'est emparée de
l'immobilier, et quelques Français ont su en profiter.
«Il y a huit ans, la moyenne d'âge de Miami Beach était
de 65 ans, puis le quartier Art Déco a été réhabilité et
Ocean Drive est devenu un endroit branché», raconte
Jean-Marc Meunier, directeur général de Constructa US,
un promoteur immobilier qui a gagné ses marques de
noblesse à Miami en construisant Cocowalk, le premier
centre commercial et de loisirs en plein air des
Etats-Unis. Leur immeuble du 1500 Ocean Drive se place
comme des petits pains. «Nous avons vendu 92
appartements sur 114 en deux ans et l'envolée du marché
nous a permis de remonter nos prix de 230 dollars à 400
dollars par pied carré», reconnaît Jean-Marc Meunier. A
25 000 francs le mètre carré, il estime encore que le
quartier a de l'avenir.
L'explosion démographique de la région est aussi une
aubaine pour les champions des services publics, comme
la Générale des eaux. Sa filiale de traitement des
ordures, Montenay, a installé son siège dans le quartier
de Coconut Grove après avoir remporté la concession de
l'usine d'incinération de Miami, la plus grosse du monde
avec une capacité d'un million de tonnes par an. «Après
une période d'essais en 1985 nous avons obtenu un
contrat jusqu'en 2013, se félicite Michel Gourvennec,
président de Montenay USA. Compte tenu de la
consommation et du tourisme, les Floridiens rejettent en
moyenne 4 kilos d'ordures par jour, soit quatre fois
plus que les Français. Avec ses 15 millions d'habitants
la Floride représente donc un marché aussi important que
la France.»
Une porte d'entrée aux Etats-Unis
En plus de l'ouverture sur l'Amérique latine, la Floride
offre un marché domestique et une porte d'entrée
privilégiée sur les Etats-Unis. «Nous avons une
représentation commerciale et une base d'achat et de
sous-traitance qui réalise entre 90 et 150 millions de
francs de chiffre d'affaires selon les années, soit
autour de 10% à 15% des ventes du groupe», estime
Raphaël Bolzan, qui a implanté la filiale américaine de
Latécoère à Miami en 1984. Le fabricant d'hélicoptères
n'est pas le seul à miser sur la Floride. Avec une
quinzaine d'entreprises du secteur, Raphaël Bolzan a
créé le French Aerospace Committee, qui regroupe
notamment Airbus et Sextant Avionique.
Enfin, les vins français ont aussi leur défenseur à
Miami, en dépit d'une part de marché de 4% qui les place
aujourd'hui derrière les vins italiens aux USA. «La
Floride est le deuxième ou troisième consommateur
d'alcool des Etats-Unis», indique Hubert Surville,
président de Marie Brizard Wines and Spirits, qui
réalise 33 millions de dollars de chiffre d'affaires sur
le continent et dont le siège est à Miami. Les agrumes
ne sont plus que le trente et unième produit
d'exportation de la Floride. Mais les Français arrivent
quand même à se développer sur ce marché. «Nous
exportons 20 000 tonnes de pamplemousses frais par an
dont 7 000 tonnes vers la France», explique Véronique
Sallin, co-fondatrice avec son mari de IMG Citrus. En
1979, cinq ans après leur sortie d'HEC, les deux
Français achètent quelques vergers dans la région
d'Orlando, à 350 kilomètres au nord-ouest de Miami.
Aujourd'hui ils cultivent 900 hectares et réalisent 25
millions de dollars de chiffre d'affaires.
Accessoirement, le climat fiscal est aussi favorable aux
affaires car, en dehors de l'impôt fédéral, la Floride
ne prélève pas d'impôt sur le revenu |